Nina épisode 4: La panique

Au début, c’est la panique! Un instant figé, durant lequel on n’entends que le battement de son propre coeur. Nous sommes suffoqués par une grande boule dans la gorge; un bourdonnement dans les oreilles et les yeux se dilatent.

Robert a été arrêté par la police. Saoudienne. À Riyad.

Je suis seule!

Les filles… Mon dieu, qu’est-ce que je dois faire maintenant?

Les pieds sont froids et rigides, comme si le sang avait arreté de circuler. Je dois bouger. Je dois bouger et aller quelque part. Je ne sais pas où!

Ensuite vient la rage. Comment a-t-il pu me faire ça! Quel con!! Mais quel con! Qui sait dans quel merdier il est allé encore se foutre. Comment ose-t-il me faire ça! Nous faire ça! Ah que c’est bien fait pour lui! Il s’est fait arrêter, c’est exactement ce qu’il mérite! Et par un des régimes les plus totalitaires au monde! Bien fait pour lui! S’il n’était pas mon mari et le père de mes filles j’aurais fêté son arrestation tellement il mérite ce qu’il lui arrive. 

Et voilà qu’à la fin vient la logique. C’est le mécanisme de survie, l’instinct animal inné à tout être vivant qui prend le dessus. On doit survivre alors on réagit. On réfléchit plus vite que d’habitude, on s’organise, on prioritarise, et enfin on agit.

Pour Nina, figée devant Lukas avec son portable à la main cela viendrait à respirer profondément, s’excuser poliment à son médecin de devoir annuler leur séance pour cause d’urgence familiale et la tête haute, le visage pâle, sortir de ce cabinet.

Elle ne se souvient même pas comment elle a fait pour conduire jusqu’à la maison. En route elle avait appelé sa mère, elle lui avait demandé de prendre le premier avion pour Genève, récupérer les enfants. Sa mère confirmera plus tard qu’elle arrivera vers minuit. 

Les filles seront mieux en Italie. 

Nina a tenté d’appeler le cabinet de Robert sans succès. Les lignes sont sans doutes saturées à cause des appels de clients inquiets et de journalistes curieux. François, l’associé de Robert est injoignable aussi. Elle lui a envoyé un message, espèrant qu’il la rappelle.

Elle vérifie ses comptes. Rien ne semble avoir bougé mais elle sait que la banque surveille tous ses mouvements. Même sans ordre de saisie, son banquier a du avertir l’organe de surveillance de la Finma et a gelé tous les comptes de la famille durant cinq longs jours. Sans nouvelles de la Finma dans les cinq jours ils seront obligés de les débloquer mais cela ne risque pas d’arriver. Un cas aussi médiatisé on ne le laissera pas passer comme ça… Ils seront même plus rapides qu’habituellement! 

Entretemps, on organise le départ des filles, la nounou prépare les valises. Elles sont contentes, elles pensent partir en vacances.

Ne pas oublier d’avertir la maîtresse demain matin de leur absence. Demain matin…. Tellement de choses peuvent nous arriver jusqu’à demain matin..

La télé passe en boucle des images de Robert lors de ses anciennes interventions télévisées, des conférences, des procès. Elle a passée plus d’une heure et demi à scruter les infos, sur toutes les chaînes, à essayer de comprendre, d’y voir plus clair.

Il paraît donc que ce n’est pas l’Arabie Saoudite qui a émis le mandat d’arrêt mais la Grèce! Il est recherché pour corruption active, participation à une organisation criminelle et blanchiment d’argent. Cerise sur le gâteau ou plutôt news flash de la toute dernière minute à 8h53 son associé François qui visiblement l’accompagnait lors de son voyage à Riyad vient d’être retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel.

Elle ne respire plus…. C’est pas vrai… Mais c’est pas vrai… Mon dieu mais qu’est-ce qui se passe?

La panique. Encore. Et puis le même cercle de sentiments confus, qui se terminent cette fois-ci par le chagrin d’une tendresse sincère pour quelqu’un qu’on a connu depuis si longtemps…

Nina a su gérer toutes sortes de contrariétés dans sa vie. Des problèmes de toute sorte, des vrais soucis. Mais là…

Et voici que son coeur se met à battre plus fort. Agir, agir.

Elle doit partir d’ici, se cacher quelque part. Quelque temps. Le temps de comprendre ce qui se passe sans être derangé. Car elle le sait, la police ne va pas tarder à lui rendre visite. Elle n’avait rien à cacher mais elle ne voulait pas rester ici. Ils vont sans doute lui poser des questions. 

Et s’ils perquisitionnent vraiment la maison. Pire, quid s’ils saisissent tout! Elle avait entendu une fois Robert parler lors d’un diner du cas d’un de ses clients brésiliens. Un juge. Il a été mis en examen pour corruption et les autorités pénales avaient saisies tous ses biens. Il n’avait plus rien. Enfin, elle n’était pas sûre, peut être qu’ils lui ont juste refusé l’accès à de l’argent qu’on croyait sale mais le fait est que sa famille a du emprunter pour vivre.

Ca prends combien de temps pour mettre en place une demande d’entraide pénale internationale? Combien de temps pour ordonner une perquisition? Et une saisie?

Robert aurait su lui répondre. 

Robert aurait géré cela mieux! Plus vite. Certainement Mieux.

Il avait toujours un plan B. 

Au cas où les choses ne se passent pas comme prévues…

L’or. L’or de Robert pour un mauvais jour. Il faut trouver l’or et disparaitre. Elaborer un plan. Pour sortir Robert de prison, engager le meilleur avocat possible et l’innocenter. Reprendre le controle de sa vie, de leur vie!!

Celui-ci est sans aucun doute un mauvais jour. 

Le sous-sol. Vite. Eviter de croiser la nounou.

Robert lui avait dit une fois, il y a des années, qu’il avait mis de côté de l’or et un peu d’argent dans un coffre au sous-sol. Caché derrière une porte secrète sur un des murs de la cave à vin. 

Mais elle ne s’est jamais vraiment intéressée aux folies de Robert alors elle ne se souvient plus de quel mur il lui a parlé. Elle ne s’y était jamais rendue d’ailleurs tellement cet argent qu’elle pensait sale ne l’intéressait pas.

Mais voilà que maintenant elle est contente qu’il ait pensé à mettre cet argent de côté. Pour elle. Pour ses filles. Pour lui aussi en fin de compte.

La cave n’a rien de spécial. Ses murs sont tous pareils, remplis  du fond au plafond de grands crus. Elle ne voit rien qui pourrait l’aider à trouver LE mur! Aucun indice…

Alors elle tâte, elle touche chaque bouteille, elle les pousse, elle les bouge espérant qu’une d’elle servira de levier de porte comme dans les films.

Mais rien ne se passe. Rien ne bouge. Rien.

Alors pour la première fois depuis le début des évènements elle se met à pleurer. Fort. En sanglots. Fatiguée, triste, en colère, seule.

Tellement seule. Impuissante et vide.

Repliée en position de foetus, par terre au milieu de cette cave…

Et c’est là qu’elle la voit. Ce n’est pas une porte, c’est une trappe qu’elle cherche. Et elle est assise juste dessus…

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